DERNIÈRE MINUTE
Le Jeune TchadienLa voix de la jeunesse tchadienne
Informer · Inspirer · Impacter
Économie

66 ans après l’indépendance : quels défis économiques pour le Tchad de demain ?

août 11, 2026Le Jeune Tchadien5 min de lecture
Économie du Tchad : activité commerciale dans un marché tchadien

Économie du Tchad : soixante-six ans après son accession à l’indépendance, le pays poursuit sa quête d’un modèle économique capable de transformer ses importantes ressources en emplois, en entreprises et en amélioration durable des conditions de vie

Économie du Tchad : accélérer la transformation économique

Le 11 août 2026 marque les 66 ans de l’indépendance du Tchad. Au-delà de la célébration nationale, cet anniversaire offre aussi l’occasion de regarder vers l’avenir et de s’interroger sur les transformations économiques dont le pays a besoin.

Les perspectives indiquent une croissance positive mais encore insuffisante pour provoquer rapidement une amélioration généralisée du niveau de vie. Selon les dernières données de la Banque mondiale, la croissance économique tchadienne devrait atteindre en moyenne 3,9 % sur la période 2026-2027, soit environ 1,2 % par habitant

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage de richesses. Il est aussi de créer une croissance plus diversifiée, plus inclusive et capable de générer davantage d’emplois.

La diversification de l’économie du Tchad passe donc par une meilleure valorisation de l’agriculture, de l’élevage et des chaînes de transformation locales.

La modernisation de l’économie du Tchad dépendra également de la capacité du pays à soutenir l’entrepreneuriat, l’innovation et la création d’emplois pour les jeunes.

Sortir progressivement de la dépendance au pétrole

Le pétrole demeure stratégique pour l’économie nationale. La Banque mondiale estime que le secteur représente environ 15 % du PIB, contribue à 41 % des recettes publiques et représente environ 76 % des exportations du pays. 

Cette importance constitue à la fois une force et une vulnérabilité.

Lorsque les cours internationaux ou la production pétrolière évoluent défavorablement, les conséquences peuvent se répercuter sur les finances publiques et l’ensemble de l’économie.

La Banque mondiale insiste ainsi depuis plusieurs années sur la nécessité pour le Tchad de préparer progressivement l’après-pétrole en développant notamment l’agriculture, l’agro-industrie, les services et l’économie numérique

Agriculture et élevage : transformer un potentiel immense

L’un des principaux leviers se trouve déjà sur le territoire tchadien : l’agriculture et l’élevage.

L’agriculture représente approximativement 40 % du PIB et constitue une source d’activité essentielle pour une grande partie de la population. Mais le secteur demeure vulnérable aux sécheresses, aux inondations, aux déplacements de populations et aux autres chocs. 

Le défi consiste donc à aller au-delà de la simple production de matières premières.

Produire du sésame est important. Le transformer et le conditionner localement crée davantage de valeur. Il en va de même pour l’élevage, la gomme arabique et d’autres productions nationales.

La Banque mondiale identifie précisément le renforcement des chaînes de valeur agricoles et pastorales comme l’un des moyens permettant au pays de diversifier son économie. 

Pour la jeunesse, cette transformation peut ouvrir des opportunités dans la production, la transformation agroalimentaire, le transport, la conservation, le conditionnement, la commercialisation et l’exportation.

L’emploi des jeunes au centre du défi économique

La transformation économique du Tchad se jouera également sur sa capacité à créer des emplois.

Le marché du travail reste largement informel : la Banque mondiale estime qu’environ 88 % des emplois se trouvent dans l’économie informelle. 

Pour de nombreux jeunes, attendre uniquement un recrutement dans l’administration ou dans une grande entreprise ne peut donc constituer l’unique perspective.

L’entrepreneuriat, les petites et moyennes entreprises, la formation professionnelle et l’accès au financement deviennent des éléments déterminants.

L’enjeu est notamment de permettre à une idée née à N’Djamena, Moundou, Abéché, Sarh ou ailleurs de devenir une entreprise viable, créatrice d’emplois et capable de grandir.

Le numérique, une nouvelle frontière économique

Une autre transformation est déjà en cours : celle du numérique.

Commerce électronique, services financiers numériques, communication, développement web, intelligence artificielle, plateformes de services et formation en ligne peuvent créer de nouvelles activités nécessitant parfois moins d’investissements initiaux que les industries traditionnelles.

Pour un pays caractérisé par une population jeune, le numérique représente ainsi une possibilité de saut technologique, à condition d’améliorer simultanément les infrastructures, la connectivité, l’accès à l’électricité, la formation et l’environnement des entreprises.

La diversification vers les services et l’économie numérique fait d’ailleurs partie des pistes identifiées par la Banque mondiale pour réduire la vulnérabilité de l’économie tchadienne. 

Faire du secteur privé un moteur de croissance

La stratégie économique des prochaines années accorde également davantage d’importance au secteur privé.

Le nouveau cadre de partenariat de la Banque mondiale pour le Tchad sur la période 2026-2031 met notamment l’accent sur le développement du capital humain et la création d’emplois portée par le secteur privé, en cohérence avec les orientations de Tchad Connexion 2030

Cela suppose cependant un environnement favorable : accès au financement, infrastructures, énergie, sécurité juridique, compétences professionnelles et simplification des démarches nécessaires à la création et au développement des entreprises.

Transformer les ressources en opportunités

Le Tchad ne manque ni de ressources naturelles ni de potentiel humain.

Le véritable défi des prochaines décennies sera de transformer ces atouts en valeur ajoutée, en entreprises compétitives et surtout en emplois.

À 66 ans d’indépendance, une nouvelle étape peut ainsi s’ouvrir : celle d’une économie moins dépendante d’une seule ressource et davantage portée par l’agriculture moderne, l’élevage, la transformation locale, les PME, l’innovation et le numérique.

Pour la nouvelle génération tchadienne, la question n’est donc peut-être plus seulement de savoir quels emplois seront disponibles demain, mais aussi quelles activités et quelles entreprises elle sera capable de créer elle-même.

Le Jeune Tchadien