Agriculture au Tchad : ProAGRI peut-il transformer le potentiel agricole en emplois et en richesse ?

N’Djamena — L’agriculture au Tchad possède un potentiel considérable, mais le véritable défi n’est plus seulement de produire. Il s’agit désormais de mieux transformer les produits localement, de structurer les filières, d’améliorer leur accès aux marchés et surtout de permettre à cette richesse agricole de générer davantage d’emplois et de revenus.
C’est dans cette perspective que s’inscrit ProAGRI, un projet consacré aux entreprises agricoles et à la transformation rurale inclusive. Avec l’appui de la Banque mondiale, le gouvernement tchadien cherche notamment à renforcer la résilience, la compétitivité et l’inclusion de plusieurs chaînes de valeur agricoles. En avril 2026, l’UNOPS a présenté son implication dans la mise en œuvre de cette initiative.

Agriculture au Tchad : un poids économique majeur
L’importance du secteur agricole dans l’économie du Tchad est considérable. La Banque mondiale estime actuellement que l’agriculture représente environ 40 % du PIB et fait vivre une grande partie de la population. Elle rappelle également que le secteur reste fortement exposé aux sécheresses, aux inondations, aux conflits et aux déplacements de populations.
Cette situation révèle un paradoxe de l’agriculture au Tchad : le pays possède d’importantes ressources agricoles et pastorales, mais une partie de leur potentiel économique reste insuffisamment valorisée.
Produire davantage ne suffira donc pas. Il faudra aussi améliorer les infrastructures, le stockage, la transformation, le transport, l’accès au financement et la commercialisation.
Passer de la production aux chaînes de valeur
C’est probablement là que se trouve l’un des principaux enjeux de l’agriculture au Tchad.
Prenons un produit agricole cultivé au Tchad. Lorsqu’il est vendu directement comme matière première, une grande partie de la valeur susceptible d’être créée échappe au producteur et à l’économie locale.
À l’inverse, lorsqu’un pays développe autour de cette production des activités de collecte, de stockage, de conditionnement, de transformation, de transport et de commercialisation, une véritable chaîne de valeur peut apparaître.
Elle permet potentiellement de créer des entreprises et des emplois au-delà de l’exploitation agricole elle-même.
La Banque mondiale recommande notamment de stimuler l’investissement privé dans les filières du sésame, de la gomme arabique et de l’élevage, tout en renforçant les organisations de producteurs et les corridors permettant d’acheminer les productions jusqu’aux marchés.
Des obstacles encore importants
La transformation agricole tchadienne doit cependant faire face à plusieurs contraintes.
La Banque mondiale identifie notamment les coûts élevés du transport, la faible utilisation de semences et d’engrais ainsi que certaines faiblesses de l’environnement institutionnel parmi les facteurs qui freinent le passage d’une agriculture de subsistance vers des chaînes de valeur modernes.
L’enjeu est donc autant économique que logistique.
Un producteur peut augmenter sa production, mais si les routes permettant d’atteindre les marchés sont difficiles, si les possibilités de conservation sont insuffisantes ou si les unités de transformation sont absentes, une partie du potentiel économique reste inexploitable.
Une opportunité pour l’emploi des jeunes
La modernisation de l’agriculture pourrait également devenir un puissant levier pour la jeunesse tchadienne.
Les opportunités ne se trouvent pas uniquement dans la production agricole. Elles peuvent apparaître dans la transformation agroalimentaire, le transport, la logistique, le conditionnement, la maintenance des équipements agricoles, le commerce ou encore les services numériques destinés aux producteurs.
Cette question est d’autant plus importante que le marché du travail tchadien reste très largement informel : environ 88 % des emplois relèvent de l’économie informelle, selon les données présentées par la Banque mondiale.
Faire émerger davantage de PME structurées autour des filières agricoles pourrait ainsi contribuer à rapprocher politique agricole, entrepreneuriat et création d’emplois.
ProAGRI devra maintenant produire des résultats visibles
Le lancement et le financement de programmes constituent une première étape. Leur impact réel devra cependant être mesuré sur le terrain.
Pour les producteurs, la question essentielle sera de savoir si ces investissements améliorent effectivement la productivité, l’accès aux marchés et les revenus.
Pour les entrepreneurs, il faudra observer si de nouvelles possibilités d’investissement apparaissent dans la transformation et les services agricoles.
Pour les jeunes, enfin, la réussite se mesurera aussi au nombre d’activités économiques et d’emplois créés.
À terme, la transformation de l’agriculture pourrait constituer l’un des piliers d’une économie tchadienne moins dépendante des hydrocarbures. La Banque mondiale souligne elle-même l’urgence de cette diversification, notamment à travers l’amélioration de la productivité agricole, l’agro-industrie légère et les services.
Le défi du Tchad n’est donc pas seulement de cultiver davantage. Il est de transformer davantage ce qu’il produit et de conserver une plus grande partie de cette valeur dans l’économie nationale.
Cette transformation agricole s’inscrit plus largement dans les défis économiques du Tchad après 66 ans d’indépendance.
